Abattoir du Vigan. Une mort garantie bio.

Publié le

Dégueulasse. Ignoble. Inhumain. Contraire à toutes les valeurs fondamentales de l’humanité. On n’a pas assez de mots pour qualifier les images révélées par l’association L214, des images insoutenables tournées à l’abattoir du Vigan, en France. Mauvais traitements n’est encore pas un mot assez fort. C’est l’homme dans ce qu’il peut avoir de plus infecte qui se met en scène, faisant souffrir le martyr à des animaux qui vont vers une mort inexorable. Dégueulasse. On ne peut être qu’horrifié en assistant à un tel carnage. On n’a qu’une envie, tourner la page, oublier ces images, se dire qu’elles font partie d’un système qu’on ne cautionne pas, mieux encore qu’on combat. Et là, comme une ultime insulte, un coup de poignard dans le dos, on prend la vérité en pleine gueule. L’abattoir du Vigan est labellisé bio. Un détail qui n’en n’est pas un et qui jette le discrédit sur toute la filière bio.
abattoir du vigan certification bio sur acheter bio

Abattoir du Vigan. Comme une envie de devenir vegan.

Dans le Gard, la petite commune du Vigan a dépensé beaucoup d’argent pour mettre cet abattoir aux normes européennes. L’abattoir du Vigan c’est du travail pour des familles, c’est aussi la mutualisation d’un outil de travail pour des dizaines de petits producteurs bio des environs. Des producteurs travaillant sous contrôle de la certification bio AB, éleveurs de moutons, de cochons, de vaches, de taureaux. L’abattoir du Vigan travaille en deux temps, l’abattage en début de semaine, la découpe et la vente directe, en circuit court, sur la seconde moitié de la semaine. Le catalogue de l’abattoir insiste sur la vente directe, la labellisation bio, le respect, l’éthique. Autant de valeurs qui s’effondrent à la vue des images dévoilées par L214. Le patron de l’abattoir du Vigan est effondré, il évoque « des actes inadmissibles, scandaleux. » L’abattoir du Vigan a été fermé à titre conservatoire, des procédures de licenciement pour faute grave engagées contre les salariés coupables de ces actes, sans évoquer les suites judiciaires dont ils vont sans aucun doute faire l’objet. Restent les images, désastreuses, inhumaines. Et le discrédit jeté sur toute une profession, par la faute de deux ou trois salariés de l’abattoir, jubilant dans leur rôle de bourreaux.

La mort certifiée bio
La certification AB offre certaines garanties sur le respect de normes établies en matière d’élevage mais il faut savoir que cela induit également des normes en matière d’abattage. En clair, un abattoir doit respecter les normes imposées par le label bio pour être autorisé à tuer et découper des animaux issus de la filière bio. C’était le cas de l’abattoir du Vigan. Le label bio impose des temps de transport réduits au minimum qui ne peuvent dépasser une journée. L’utilisation de médicaments (calmants) est interdite. Il est également interdit d’utiliser des dispositifs électriques pour forcer les animaux à descendre des camions. La traçabilité étant un vecteur essentiel, les animaux doivent être parqués à part, sans contact avec des animaux de la filière conventionnelle et l’abattage doit être réalisé en une seule fois. Quant à l’abattage lui-même, on est au delà de la labellisation bio, c’est la loi qui oblige à « prendre les mesures nécessaires pour éviter la douleur et atténuer autant que possible la détresse et la souffrance des animaux pendant l’abattage ou la mise à mort. » L’abattage rituel est autorisé, même dans la filière bio. Finalement, on réalise, non sans effroi, que la certification bio apporte des garanties au niveau de l’élevage lui-même et pas de l’abattage. Il y a sans aucun doute beaucoup d’améliorations à apporter dans la certification bio des abattoirs en France…

Vegan. Vigan. La mort à une lettre près.
« J’ai définitivement arrêté de manger de la viande. Je ne voulais pas cautionner ce système de merde une minute de plus ! » Ces mots sans détour sont ceux d’un ami devenu vegan à la suite de la visite d’un abattoir. Des mots qui résonnent dans ma tête, comme l’étrange similitude entre vegan et vigan. D’un côté le refus d’un système, de l’autre la mort dans ce qu’elle a de plus cruelle, violente, odieuse. Le scandale de l’abattoir du Vigan jette-t-il le discrédit sur toute la filière bio ? Ça ne fait aucun doute. Ce scandale va-t-il convertir des consommateurs à la cause vegan (végétarienne) ? Ça ne serait guère étonnant. Ghandi disait « On reconnaît le degré de civilisation d’un peuple à la manière dont il traite ses animaux. » Le scandale de l’abattoir du Vigan nous renvoit au degré zéro de l’humanité, alors ? Que des gens cessent de manger de la viande pour ne plus cautionner un système, ça n’a vraiment rien d’étonnant. Reste qu’on ne peut ignorer le poids économique que représente la filière de l’élevage bio, une filière dont l’image a été gravement atteinte par les actes odieux d’un ou deux individus irresponsables.

voir le site de l’association L214 

Commerce bio. Dix ans après, que reste-t-il de nos amours ?

Publié le

Dix ans après la création du guide Acheter Bio – oui, c’était en 2006, comme le temps passe ! – on est en droit de se demander si le commerce bio est enfin devenu la réalité dont nous avions rêvé. Ou pas. La démarche du commerce bio a-t-elle fini par s’imposer, rien n’est moins sûr, même si la conscience environnementale a sensiblement évolué. Alors ? Que reste-t-il de nos amours bio et écologiques, dix ans après ? Le constat n’est pas aussi joyeux qu’on pourrait l’imaginer.
évolution du commerce bio acheter bio

Commerce bio. Dix ans après.

Acheter bio. Pour nous, il y a dix ans, c’était un mot d’ordre, une préférence marquée pour le commerce bio en général et le commerce bio en ligne en particulier. À l’époque, il fallait vraiment chercher, fouiner sur la toile, passer des heures à scruter l’internet pour découvrir quelques perles rares. Ils n’étaient pas légion les commerçants prêts à y croire, à s’investir et à ne vendre que des produits sains, naturels, écolo, estampillés bio. Rares étaient les produits qui pouvaient afficher le label AB ou Nature et Progrès, Demeter, Ecocert ou Fairtrade. On se souvient d’avoir découvert avec émerveillement la boutique Le monde du bio qui était à l’époque une référence définitive dans le monde du commerce bio. Dix ans plus tard Monde bio est toujours là, fidèle à sa réputation, une boutique de référence. En revanche, beaucoup de boutiques en ligne du secteur du commerce bio ont disparu corps et âme !

À partir de 2008, lorsque le commerce bio s’est énormément développé, il fallait vraiment être attentif et faire le tri. Il fut une époque où nous recevions une dizaine de demandes de référencement de nouvelles boutiques prétendues bio par jour pour le guide Acheter Bio et franchement il y avait de tout et n’importe quoi, et entre nous surtout du n’importe quoi ! Le commerce bio c’était le secteur en vogue, il était donc naturel qu’il allait attirer quelques rapaces, avides de profits. On était bien loin des valeurs fondatrices du commerce bio. En refusant de référencer certaines boutiques bio on s’est pris quelques volées de bois vert, pas toujours garanties bio. On se souvient d’une bataille rangée avec une boutique qui proposait des savons à la lavande de Provence joliment mauves, estampillés garantie d’origine naturelle. Quand on a vu les premiers produits bio débouler de Chine, on a su qu’on avait franchi un cap. Il y a dix ans, il fallait chercher pour trouver une boutique bio de qualité, dix ans plus tard les choses n’ont guère évolué.

Alors ? Que reste-t-il de nos amours bio ? Quelques convictions, une attention particulière à ce que nous consommons, au quotidien et paradoxalement une grande défiance par rapport au secteur du commerce bio. La tendance n’est plus vraiment au référencement de boutiques en ligne sur le guide Acheter Bio mais plutôt à la préservation de l’acquis, avec une poignée de boutiques en qui nous avons vraiment confiance. C’est le meilleur conseil que nous puissions vous donner en ce début d’année. Soyez vigilant, n’achetez pas n’importe quoi, n’importe où et avec n’importe qui, au seul prétexte d’acheter bio.

• suivez Acheter Bio sur Facebook et sur Twitter !